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Notes de lecture

14/12/2017PAYSAGES EN COMMUN

Le titre relie directement la question du paysage au bien commun, à l'espace partagé. Dès l'introduction, l'auteur annonce la couleur : le paysage doit sortir de la sphère privilégiée pour devenir l'objet d'un débat public, démocratique défendant l'idée "(…) que les habitants d'un lieu sont les mieux placés pour choisir les biens communs paysagers locaux à créer et à transmettre qui leur conviennent," associés à une décision collective.

Dans le premier chapitre, l'auteur démontre avec des exemples, et en s'appuyant sur des notions juridiques, notamment de bien commun, que les paysages peuvent devenir une ressource collective définie comme "le bien commun paysager :  (…) un concept nouveau qui permet de décrire les relations entre l'espace matériel et les hommes qui le perçoivent, le produisent et en vivent. Il désigne tout espace matériel perceptible qui est jugé avec des valeurs morales autant qu'esthétiques (…) dans une perspective collective et non seulement individuelle."

Le second chapitre traite de la finalité des biens communs paysagers, dépassant la qualité du cadre de vie pour croiser la protection de l'environnement, l'exploitation des ressources naturelles et bien sûr l'économie de marchés. P. Donadieu développe quelques exemples d'économies alternatives, prônant la "décroissance", entièrement fondées sur la protection des paysages et des milieux.

Cette approche du paysage implique de s'intéresser aux paysages ordinaires, (les paysages du quotidien), longtemps non considérés face à des paysages monuments. L'auteur souhaite un droit au paysage hors des protections patrimoniales et étatiques, une sorte de justice territoriale du paysage. Aux différences de paysages sont associées des différences sociales, disparités que l'on pourrait réduire non à travers des incantations, mais plutôt en favorisant une appropriation collective des territoires, que le paysage dans sa dimension sensible, culturelle et symbolique pourrait permettre.

Le paysagiste entre en scène au chapitre 4, comme producteur et metteur en scène des cadres de vie. Encore, que sa place reste assez marginale de ce côté-là aussi. Après une introduction historique autour des notions de jardin et de soin, Pierre Donadieu s'intéresse, à travers l'exemple du Grand Paris à la manière dont les concepteurs imaginent les natures urbaines de demain, et leurs limites quand elles sont appliquées au monde rural. Enfin, il développe l'idée d'un "paysagisme alternatif" réconciliant les natures urbaines et non urbaines. Ce paysagisme est très lié à l'agriculture d'une part – avec la notion d' "agriurbanité" - , et d'autre part à une évolution de l'idée même de nature en ville. Le jardin décoratif au sens traditionnel disparaît d'une certaine façon au profit d'une nature régénératrice. En réalité, il semble évoluer dans ses formes en restant attaché à une présentation culturelle de la nature.

Pour conclure, Pierre Donadieu appelle à la mise en place d'une gouvernance paysagère territoriale réservant une large place au débat public entre les habitants, les élus et les différents acteurs publics et privés. L'autre condition de reconquête (pour reprendre le terme employé) des biens communs paysagers est l'attention portée à l'écologie une façon de faire évoluer la notion de paysage vers une vision commune du territoire, autant éthique qu'esthétique.

Le dernier paragraphe engage les professionnels à s'interroger sur l'évolution des métiers et sur leur rôle dans la conception des paysages de demain. Le débat est ouvert.

Michel Audouy

l Pierre Donadieu, Editions Presses universitaires de Valenciennes, collection Contrées & Concepts, 238 pages, 14 euros.

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