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Notes de lecture

02/10/2017LE CHANTIER. LE CARNET DE PAYSAGE N° 32

Cyrille Marlin rappelle combien la rédaction d’un CCTP est un acte important dont le cadre, parfois rigide, n’est pas toujours adapté à la subtilité d’un projet, à sa dimension participative notamment. L’auteur propose une forme de réécriture du document : « passer de l’énoncé à l’énonciation », qui permettrait d’orienter l’acte d’aménagement vers d’autres logiques. Une piste intéressante qui mériterait d’être illustrée.

Alain Freytet rappelle l’importance du dessin dans la précision du projet comme dans sa communication. Il le fait à travers de multiples exemples d’aménagement en bord de littoral et milieu naturel, mobilisant tous les outils de représentation à la fois nécessaires à l’exécution, et à la pédagogie inhérente à ce type de lieux. Toujours avec cette idée que le paysage se dessinée et se décrit, Sébastien Argant traite de la préparation d’un chantier à travers l’exemple du recyclage d’arbres abattus et d’enrobé, c’est du vécu !

« J’ai été initié à l’idée du chantier comme une nécessité liée à la fabrique des choses ou, plus exactement, comme un moyen de combler la distance entre le résultat à obtenir et les procédés devant être mis en œuvre pour y parvenir ». Alexandre Chemetoff, résume dans cette phrase tout le rapport du concepteur à la nécessité du chantier, il en rend compte en particulier à travers l’exemple qui vaut tous les autres pour le paysagiste - la plantation d’un arbre - chantier pour lequel il faut prendre d’infinie précautions « pour réaliser un acte dont le résultat vous échappe largement. »

Les paysagistes du Balto ont fait depuis longtemps du chantier un moment essentiel du projet, parfois façon « happening ». Véronique Faucheur et Marc Pouzols présentent ici l’exemple d’un jardin à Berlin où le chantier – on devrait dire le projet – démarre sur la base de quelques croquis, et de la constitution d’une équipe qui va donner vie en quelques jours à un jardin, une expérience graphique autant que physique.

Les allers-retours entre atelier et terrain sont de plus en plus fréquents dans des projets qui ne suivent pas le processus classique d’une commande publique par exemple. M. Rumelhart, F. Roumet et R. Bocquet… témoignent de ces processus à travers l’atelier « Conduire le vivant », où il est question « d’enseigner le projet de paysage à travers une pratique du chantier ». François Vadepied et Mathieu Gontier  reviennent sur dix années de chantier d’un parc en Russie – 150 ha où se dessine peu à peu un parc au fil des interventions - où il est plus question de « dessin de masse in situ » que de plan-masse.

Avec le thème du chantier difficile de ne pas évoquer (au moins) Jacques Simon, Denis Delbaere le fait à sa manière, témoignant de la leçon du maître à l’élève, leçon basée sur la description en photos d’un chantier type, comme souvent chez Simon, une approche pédagogique et surtout désinhibante, pour les jeunes paysagistes.

Citons par ailleurs quelques contributions d’ordre plus culturel comme celle d’Emilie d’Orgeix sur le grand chantier des ingénieurs à la fin du XVIIème siècle, Nicole Gouiric sur l’élaboration du parc de Méréville au XVIIIème siècle, ou Martin de la Sourdière, qu’on attend évidemment sur une approche plus littéraire du sujet.

Un bon numéro.

Michel Audouy

l Revue collective, éd ; Actes Sud / ENSP, 237 pages, 28 euros.

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