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Notes de lecture

04/05/2017LE JARDIN. REFLET DES CULTURES ET DE L'HISTOIRE

L’introduction rappelle que de tout temps les jardins reflètent les cultures et les civilisations. Michel Racine, écrit une ode (en même temps qu’un plaidoyer) aux paradis perses. Ces jardins résultant d’une subtile gestion de l’eau sont un chef d’œuvre de l’humanité, un modèle de développement durable, menacé par l’urbanisme et des techniques agronomiques inadaptées.

Versailles ou Le Nôtre sont incontournables dès lors qu’on aborde l’art des jardins. Patricia Bouchenot-Déchin fait le point sur le terme de « jardin à la française » mais développe assez peu ce qu’annonce le titre de son article – « Louis XIV, Le Nôtre et le pouvoir ».  Eryck de Rubercy, aborde davantage ce rapport au pouvoir en s’intéressant au « Jardin comme emblème de l’identité nationale ». Jardin français, jardin anglais, jardin italien, jardin japonais… Quelle est la réalité de la nationalité des jardins ? Certains jardins sont liés au pouvoir, à un projet politique c’est le cas de Versailles, ou des grands jardins anglais du XVIIIème siècle. Peut-on parler de l’expression d’une identité nationale pour autant ? Difficile de l’affirmer hors des périodes où le jardin – ce fut le cas pour le jardin « à la française » - est convoqué par des nationalistes comme expression du génie de la nation. Au final, il est plus question d’identité nationale dans les livres d’histoire des jardins que dans la réalité, bien plus complexe. Ce qui fait dire à l’auteur que l’histoire des jardins reste à faire !

Depuis Voltaire et Rousseau, on définit les jardins comme des « aménagements propices à la méditation et au retour sur soi. ». Sophie Lefay, revient sur les deux natures (opposées) des deux philosophes, et sur quelques idées reçues.  Voltaire, auteur du fameux « il faut cultiver son jardin » ne s’est pas vraiment intéressé au jardin, Rousseau, lui, parle de jardin dans son œuvre, finit ses jours dans le jardin du Marquis de Girardin à Ermenonville, mais préfère finalement le paysage au jardin, comme le marquis d’ailleurs, car le paysage est plus naturel…

Sous le second empire, la création de nombreux jardins publics dans Paris est avant tout le projet de Napoléon III, comme nous le rappelle Emmanuelle Papot spécialiste de cette époque. Ces parcs et jardins seront la vitrine d’un savoir-faire français en matière de création de jardins, décrit par Stéphanie de Courtois dans un article sur «L’école paysagère française au XIXème siècle.

La période contemporaine n’est abordée qu’à travers une poignée d’articles. Le grand parfumeur Jean-Claude Ellena raconte la création d’un parfum à partir de sa découverte d’un paradis tunisien extraordinaire dont il saisit l’essence d’abord par les mots. Enfin, la revue se clôt sur deux sujets d’actualité : le jardin nourricier à travers l’action de Louis-Albert de Broglie pour sauvegarder la diversité des variétés de tomates ; et sur l’art contemporain et le paysage, à travers trois exemples. Pour ce dernier sujet, on peut regretter que des personnalités aussi intéressantes que les paysagistes du Balto, ou Chantal Colleu-Dumont (Chaumont-sur-Loire), ne soient pas sollicitées. De même,

la question du jardin et du lien social pouvait s’inscrire dans l’ambition de la revue de traiter du jardin comme reflet des cultures et de l’histoire.

L’occasion d’un prochain numéro…

Michel Audouy

F Ouvrage collectif, La revue des Deux Mondes, Hors série Patrimoine, 201 pages illustrées, 20 euros.

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