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Notes de lecture

30/11/2016JOHN BERINCKERHOFF JACKSON

Très tôt il s’intéresse aux paysages du quotidien à travers les usages, les modes d’occupation des sols, l’économie, la politique – « nous avons déplacé notre centre d’intérêt des éléments historiques et monumentaux du paysage vers tout ce qui est privé, éphémère, banal. » (extrait conférence Rice University de Houston, 1986) – bref le paysage ordinaire où chacun habite et travaille.

Le paysage est le reflet de l’histoire des sociétés et de leurs évolutions.

L’historien développe une pratique fondée sur une observation précise du terrain – il arpentera inlassablement les routes et chemins de l’Amérique pendant plusieurs décennies – observation qui s’appuie sur le dessin et la photographie. Ses études le conduisent à s’intéresser à l’évolution des paysages contemporains ruraux et urbains ;  et particulièrement à comprendre comment les manières d’habiter et la mobilité les transforment. Un texte issu d’une conférence « Maisons et Caravanes » restitue une étude précise de ce mode de vie qui générerait un nouveau type de communauté résidentielle d’unités temporaires et autonomes. » Chaque phénomène et chaque paysage qui en découle est analysé sans jugement de valeur. Pour Jackson, les paysages doivent être envisagés « comme des documents dans lesquels l’histoire des sociétés s’est traduite et non pensés comme séparés de la vie ordinaire, comme des objets exceptionnels. Ils font partie de l’existence humaine, individuelle et collective, à laquelle ils fournissent une organisation spatiale tout autant qu’un visage et une sorte d’identité.»

Dans « Des maisons et des autoroutes » (revue Aperture, n°120, 1990), JB Jackson affirme que le paysage est fabriqué par l’homme pour répondre à des besoins, et que lorsque ses besoins changent les paysages évoluent. Il le démontre dans une analyse précise de l’évolution historique du rapport entre l’habitat et la route de la période pré-technologique en Europe, de l’Amérique coloniale jusqu’au développement des autoroutes. Où l’on mesure à quel point routes et nature des paysages sont liés, notamment avec la domination du réseau autoroutier sur la plupart des territoires.

Ce trentième numéro des Carnets rend hommage à plusieurs grands noms du paysage disparus entre 2015 et 2016 : Jacques Simon, « l’homme-paysage » (B. Blanchon), l’un des artisans du renouveau du paysage en France à partir des années 1960, contribuant à former plusieurs générations de paysagistes dont Michel Corajoud rencontré à l’AUA, et Gilles Vexlard qui lui rend cet hommage, avec Bernadette Blanchon. Les Carnets rendent  également hommage à Pascal Cribier, immense « jardinier », ainsi qu’à Georges Demouchy, Joël Ricorday. et Alain Richert, paysagiste, artiste, inclassable comme l’était Simon. 

Michel Audouy

F Ouvrage collectif, Editions Actes Sud / ENSP, 238 pages illustrées, 27 euros.

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