vous êtes ici : Actualités > articles

Articles

16/11/2018Un grand prix du paysage à l’épreuve du temps

« La promenade dessine la courbe du méandre, comme un amphithéâtre dans lequel se niche la ville historique ». Avant de recevoir le Grand prix national du paysage pour la seconde fois de sa carrière, Jacqueline Osty n’a pas formulé au hasard l’exégèse de son propre travail : co-signé avec Emmanuel Jalbert, de l’agence In Situ, l’aménagement primé le 14 novembre renvoie ses usagers à l’identité du territoire façonné par le fleuve et par les hommes, entre clochers et hangars. Son intervention a ouvert une après-midi de débat : un format inédit, depuis l’annonce de la relance du prix en 2014 par Ségolène Royal.

Paysagistes géographes

« Notre cheval de Troie, c’est la géographie », a embrayé Henri Bava, président de la fédération française du paysage, au cours de la table ronde sur la qualité paysagère. Alors qu’ils récoltent les fruits d’une reconnaissance réglementaire et politique sans précédent, les paysagistes concepteurs conservent une posture d’humilité face aux lieux qu’ils mettent en valeur : « Ils maîtrisent l’art de promouvoir le vide », salue Eric Bazard, directeur de la société publique locale des Deux rives, qui tire parti des infrastructures portuaires pour arrimer Strasbourg au Rhin.
Pour Christophe Degruelle, président de l’agglomération de Blois et enseignant à l’école du paysage de la ville, le succès de l’assaut urbain des paysagistes géographes découle de la maîtrise de quatre armes : l’articulation des échelles, la maîtrise du temps, l’inscription du projet dans un récit local et la gestion des conflits inhérents aux interrelations entre le naturel et l’humain. Rappelant au passage que selon Yves Lacoste, « la géographie, ça sert d’abord à faire la guerre », l’élu local illustre son propos par l’exemple extrême de Marseille, où les opposants au projet du quartier de La Plaine brandissent des menaces de mort contre le paysagiste.

Déclaration d’amour

Face aux aléas illustrés à Rouen par le tronçonnage des arbres auquel se sont livrés des forains furieux contre un aménagement aujourd’hui plébiscité, l’hommage de la secrétaire d’Etat s’est concentré sur « la solidité du portage dans le temps long », au service « d’une ville qui chérit ses paysages ». En évoquant « ces trois km de promenade qui ont rythmé 25 ans de vie publique », le maire Yvon Robert ne l’a pas détrompée. Après une seconde table ronde consacrée à l’attractivité par le paysage, l’émotion est revenue au premier plan, avec l’encouragement de Brune Poirson : « Le paysage détient une bonne partie des réponses aux sujets traités par notre ministère, car il stimule le lien d’amour entre le citoyen et la nature ».
La remise du Grand Prix National du Paysage présente en outre une vertu apaisante qui n’a pas échappé à la secrétaire d'Etat : « C’est quand même plus sympa que de parler  de carburant » !

retour