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16/04/2015L'urbanisme de la vie privée

Rencontre-débat avec Olivier Piron
Organisé par le SRA
Jeudi 16 avril de 16h à 18h
La défense Tour Pascal B Salle 27/42

Débat autour du livre d’Olivier PIRON : « L’urbanisme de la vie privée », organisé par le séminaire Robert Auzelle Le jeudi 16 avril 2015 de 16h à 18h, tour Pascal B, salle 27- 42 La problématique Le thème central du livre est une critique de l’urbanisme officiel promu et mis en œuvre par le ministère en charge de l’urbanisme au moins depuis 15 ans, c’est-à-dire depuis la promulgation de la loi SRU en décembre 2000, dont les orientations ont été renforcées par les deux lois Grenelle de 2009 et 2010. La doctrine officielle tient en peu de mots : il faut mettre un terme à l’étalement urbain et à l’urbanisation galopante qui consomme tous les ans trop d’espaces naturels et agricoles, génère une extension sans fin des équipements publics et une augmentation des coûts de transports à une époque où il faudrait réduire les dépenses énergétiques. La solution qui s’impose consiste donc à reconstruire la ville sur la ville, de manière toujours plus dense et à limiter au maximum les nouvelles zones à faible densité. Le pavillon, voilà l’ennemi ! La construction dense est censée coûter moins cher globalement que la construction diffuse et présente en plus l’avantage de protéger l’environnement : elle est donc la clé du développement durable appelé de ses vœux par l’élite éclairée de la société. Les pouvoirs publics se doivent d’encadrer les acteurs du développement urbain pour qu’ils adhèrent à cette doctrine et la mettent en œuvre, d’où une production législative et réglementaire pléthorique qui au mieux déconcerte, au pire épuise les élus des collectivités territoriales qui ont en charge, depuis la décentralisation de 1983, la politique locale de l’urbanisme. L’idéologie urbaine s’appuie notamment sur la nécessité de la mixité des fonctions et de la coprésence sociale pour « faire société ensemble ». Elle conduit à une ville dont la forme a été pensée au préalable par des professionnels pour réguler les désirs anarchiques des individus. Le modèle implicite en est la cité historique, qu’elle soit antique, médiévale, de la Renaissance ou classique. A cette idéologie urbaine dominante, tous gouvernements confondus depuis au moins deux décennies, l’auteur du livre oppose un certain nombre de constats : – la majorité des ménages continue à plébisciter la maison individuelle avec un certain confort spatial et un environnement peu dense ; – le financement du logement pour les ménages favorise ce type de construction ; – le coût du foncier en périphérie est sans commune mesure plus bas qu’au centre des agglomérations ; – les documents d’urbanisme, SCoT et PLU, malgré l’arsenal juridique évoqué plus haut, continuent à donner la part belle à l’urbanisation en périphérie des agglomérations . Dans ces conditions, pourquoi laisser perdurer le hiatus entre la volonté des pouvoirs publics et les attentes de la population ? Ne faut-il pas refonder une politique urbaine, un « urbanisme de la vie privée » qui, tout en obéissant aux préceptes du développement durable, réponde aux aspirations légitimes de la majorité de la population ? 1 Notes de Claude Lacour, Université de Bordeaux, UMR CNRS GREThA, janvier 2015 Piron O., 2014, L’urbanisme de la vie privée. Editions de l’Aube, 207 pages. ISBN : 978-2-8159-0852-8. Ce petit livre- 179 pages de texte plus des annexes, bibliographie, sigles et notes, 207 pages au total-, se suffit en lui-même pour comprendre les thèmes que veut traiter Piron, les combats qu’il veut mener. On y trouve une tonalité forte, une écriture directe qui ignore les formules nuancées ou les métaphores. L’auteur craindrait d’y voir des voiles de la pensée et des réalités quotidiennes qui devraient commander les analyses et les réglementations, les orientations des politiques fondamentales. Non pas qu’elles soient aujourd’hui inexistantes : au contraire, il y a abondance, profusion de productions de textes, de déclarations, d’intentions qui peuvent donner l’impression d’une intense activité, d’une présence omnipotente de l’Etat central qui n’aurait plus que cette capacité : enrichir les Codes de l’urbanisme et de l’Environnement pour faire semblant de demeurer malgré tout, le Maitre des Horloges, de l’Habitat et des Logements. On se plaint souvent de cette complexification technocratique Leurre évidemment qui ne saurait tromper personne et certainement pas Piron. Et pour comprendre la réalité des faits, pour se mesurer à l’urgence du quotidien, pour être l’interprète devant l’entêtement des « habitants » à préférer des maisons individuelles, il faut un Champion qui ose pourfendre la pensée unique, attaquer les politiques dominantes, leurs fondements puisqu’elles se révèlent incapables de mettre en œuvre ce qu’elles affirment avec d’autant plus de prétention qu’elles sont, de fait, dépourvues de moyens Ce Chevalier blanc, c’est O. Piron. « Dis-moi d’où tu parles ? », page 126. Reprenant explicitement la formule de Mai 1968, l’auteur souhaite que l’on retrouve « une hygiène mentale qui mériterait vraiment d’être remise au goût du jour », idem. Et le combat de Piron développé dans cet ouvrage n’est pas une lubie du moment, un agacement conjoncturel : il est en réalité la continuation, le prolongement, la répétition d’idées qu’il a maintes fois présentées. Il n’est pas neutre ou innocent que ce soit un haut fonctionnaire, Inspecteur général de l’Equipement, ancien Secrétaire permanent de 1994à 2004 du Plan Architecture et Construction-aujourd’hui le PUCA, Plan Urbanisme, Construction Architecture où nous l’avons connu, qui propose avec détermination, à coups de hache souvent, un certain nombre d’idées majeures. L’urbanisme de la vie privée, un beau titre, constitue une mise en forme et en ordre, une synthèse de nombreuses idées émises de sa voix sourde et régulièrement énoncées dans différentes publications, par exemple, dans Urbanisme ou encore son texte dans Carrel et al, 2013 sans revenir à son Analyse systémique du Renouvellement urbain (2002 et notre commentaire in RERU, 2002, 5, pages 831-834). Deux idées majeures guident les réflexions de Piron : une critique violente et permanente de l’Hydre mortifère qu’est l’idéologie urbaine et un hymne raisonnée pour la maison et les habitants. Il souligne souvent fort justement des points qui méritent attention. Et l’idéologie commence et se développe par le vocabulaire et les erreurs et approximations de la sémantique. « Mal nommer les choses ajoute au malheur du monde », Camus cité (page 27) par Piron qui aime bien ce jeu de citations, de références, notamment au début de chaque chapitre. Il veut souligner que ce qu’il appelle « le vocabulaire imposé », (page 22), construit et s’inscrit dans l’idéologie urbaine mais explique aussi les aléas, les dangers surtout de formulations rapides, approximatives venant aussi bien des politiques que des chercheurs. Cette remarque commence à la première page de 1 l’introduction (page 7) où les termes « d’ urbain, de périurbain, d’infra-urbain, hypo-urbain ne décrivent rien, ne définissent rien, n’expliquent rien ». Nous voilà prévenus ! Du coup, on est en pleine confusion entre mode de consommation et mode de vie, (page 23), le « tout urbain » maintes fois évoqué dans les discours n’a aucun sens : « tout le vocabulaire est destiné à affirmer une dissociation entre zones urbaines, zones agricoles, et zones naturelles », (pages 33-34). L’étalement urbain ne serait qu’une modalité de la modernité alors qu’il ne s’agirait que d’expansion urbaine, (page 67). «L’expression de ‘périurbain‘ avec un préfixe péri marquant les qualités, des importances dégradées comme dans des expressions telles que : installations périphériques d’un ordinateur, ou préoccupations périphériques pour ne pas dire secondaires, semble être clairement inadéquate dans un nombre croissant de cas », (page 102). Cet aspect « secondaire » peut même être compris comme une forme dégénérée : « ce que l’on appelle ainsi (le périurbain), pour bien dire que ce n’est ni de la ville, ni même de l’urbain, fut longtemps considéré comme une dégénérescence urbaine, et susceptible de conduire à la ruine les populations qui se laissent aller au mirage de l’accession à la propriété en zone urbaine », (page 110). Toujours dans la même volonté de vouloir mettre de l’ordre, Piron continue son travail de redresseur de mots et de sens en notant que « l’expression ‘lotissement’, à la base une simple procédure juridique de découpage parcellaire, s’en trouva définitivement connotée négativement », (page 104). Il lui est facile de triompher, page suivante: « l’idéologie anti-pavillonnaire était en place ». Merci en grande partie à Le Corbusier et à la Charte d’Athènes et Vive la Modernité ! Critique de l’idéologie urbaine : « désormais, nous sommes tous urbains, tout est urbain », (page 7) Piron s’en donne à cœur joie et fait feu de tout bois, et le chapitre 1 est, à cet égard, un vrai régal de lecture qu’il faut absolument regarder, sans forcément être convaincu de tous les arguments annoncés, d’autant que les attaques contre l’idéologie urbaine se retrouve tour au long de l’ouvrage, bien au-delà du premier chapitre qui commence par un retour à Nietzsche pour qui « une idéologie est constituée par un ensemble de valeurs », (page 15). Ces valeurs structurent le « discours actuel de l’urbanisme » :elles viendraient pour l’essentiel de la Résistance , plus précisément du CNR, elles se seraient renforcées sous les effets de 1968, elles seraient indirectement filles des Trente Glorieuses et des idées portées par la toute puissance et présence de l’Etat; elles seraient liées aussi plus ou moins directement aux lois sur la décentralisation, aux idées à la mode comme celles de la ville dense ou concentrée contre celles, jugées inadaptées, décadentes, couteuses, créatrices de laideur des espaces dispersées, tout particulièrement ruraux ou périurbains. De là viendrait tout le mal alors que les idées actuelles des architectes, des urbanistes, des politiques prônant la densification, la mixité sociale, l’optimisation de la construction de la surface au sol par des bâtiments collectifs en hauteur, nous apporteraient enfin, beauté, efficacité, mixité: la densité pour tous, la densité partout ? Le défaut majeur est que l’on est confronté à « des apologies paresseuses et sommaires de la densité-notion nettement plus souvent utilisée que définie », (page 174). « Un urbano-centrisme dominant », page 27. Cette formule signifie certes le pouvoir exacerbé de la ville, surtout de la ville centre mais elle traduit aussi le fait que l’imagerie et l’idéologie urbaine contemporaine- les hautes tours, la concentration des pouvoirs et des bâtiments qui les portent et les symbolisent-, relèvent d’une culture et de visions politiques qui remontent pour certaines au Moyen-Age, revues et sacralisées par la période napoléonienne et consacrées par la IIIème République. Et alors, Piron sensible aux formes de la ville 2 mas se méfiant d’une attention excessive à des formes qu’imposeraient les urbanistes contemporains, décline en quelques pages la structuration morphologique, politique sociale et culturelle de cet « urbano-centrisme: « au centre, la ville des seigneurs, (…),tout à ,côté voire intégrée, se développe une véritable cour des miracles, (…), au contact immédiat de la ville des seigneurs se trouvent les manants, (…), enfin les croquants », (pages 27-29). Mais aujourd’hui, les manants et les croquants, comme les Loups de Reggiani sont entrés dans Paris : « alors subsistent en ville, soit ceux qui peuvent se la payer-les cadres, encore plus souvent les couples de cadres-, soit ceux qui y trouvent leur lieu de formation-les étudiants-, soit ceux qui acceptent de s’y entasser pour accéder facilement à des emplois de services, services à la personne comme services à l’habitat », page 146. La densité rimerait alors avec immigrés. Tous coupables et responsables. L’idéologie urbaine qui hante et structure la pensée de Piron est certes un héritage de l’histoire, revivifié, « magnifié » par la doxa contemporaine, véhiculé par de multiples canaux, théorisé par de nombreuses institutions, conforté par la « dictature du vocabulaire comme par l’invention périodiquement renouvelée de modes de dénombrement ad hoc »,( page 15), ou des formules-choc du genre « penser la ville, faire la ville », (page 17) que l’on trouve dans « les manifestes urbanistiques (et dans) les professions de foi électorales », idem. La liste est longue à travers l’ouvrage des coupables et des responsables : la domination des valeurs collectives qui « conduit bien sûr à la détestation de la maison individuelle, dont le nom seul déclenche des salves de critique comme symbolique du repli sur soi et du refus des autres », (page 18), la « coprésence sociale »,(idem), «faire société ensemble », et ici, c’est Donzelot qui est visé mais surtout Le Corbusier, l’impérialisme du tout urbain et encore « l’infatigable géographe Jacques Lévy»,(page 26), les économistes qui décidemment jargonnent avec leurs externalités positives, les agences d’urbanisme, Alonso-« les discours découlant de l’idéologie urbaine sont tous imbibés (de ses) des théories économiques », (page 119), le modèle bourgeois donnant l’occasion de relire Ellul et la Métamorphose du bourgeois (1967, 1998). Mais aussi Paris et les cadres bienpensants, la Caisse des dépôts, le Trésor, conduisant Piron à se demander ce que « pouvait un ministre contre les décisions conjuguées de ces institutions », (page 43). Il ajoute « restons sérieux », (idem) car les analyses sur les périodes de l’après-guerre restent, à son sens, toujours pertinentes. La litanie continue par la critique de vouloir penser le territoire en fonction de zonages exclusivement urbains, d’accepter tranquillement l’idée que l’étalement urbain entrainerait mécaniquement des coûts importants, (page 97), alors que nous ne disposons pas d’étude validant clairement cette hypothèse, (Pouyanne, 2004). Les chercheurs ne seraient pas davantage vertueux, au contraire, et les multiples colloques auxquels l’auteur fait allusion ne seraient que des rencontres renforçant et conditionnant l’idéologie urbaine. Il n’est pas assuré que Piron fréquente les mêmes colloques que nous ! «Le pivot de la densité-pivot» Il ne suffit pas de critiquer, de vilipender l’idéologie urbaine et de construire des discours et des politiques sur des « apologies paresseuses et sommaires de la densité », (page 175) et d’espérer béatement dans la ville dense =ville compacte=cercle=ville centre puisqu’il « n’existe aucune forme géométrique aussi compacte que le cercle », (page 85). On en n’a pas fini avec les « idéologues de la ville compacte (qui) ajoutent désormais dans un oxymore poussif : compacte mais verte, avec de gros efforts pour la végétalisation de la cinquième façade : les toits », (page 81). Il ne faut donc pas croire 3 en « la nécessaire ville compacte », page 112, encore moins de vouloir densifier la ville dense. De nombreux débats tant d’un point de vue de la théorie économique que des démarches des urbanistes se sont développés sur cette question et on trouvera par exemple une bonne synthèse dans la thèse de Reu, 2015 On peut avec grand intérêt relire l’ouvrage de Derycke (1979) et les publications de Cuillier et ses Débats sur la ville (1998, 199, 2000, 2008) qui montraient bien que la forte densité ne se trouve pas que dans les grandes villes et dans les bâtiments collectifs. Il est nécessaire de pourfendre « l’idéologie urbaine (qui) considère la densité comme une fin en soi, une caractéristique essentielle urbaine », (page 80). Et l’auteur confirme ses analyses antérieures (Piron, 2013, page 103), et argumente à nouveau sur la densité pivot autour de 4000 hab/km2 sauf la première couronne d’Ile -de -France où elle est supérieure:« c’est vers ce seuil que tendent celles (les communes) qui se densifient en région, et c’est celui qui a été atteint par de grandes opérations d’urbanisation comme les villes nouvelles. Et les communes au -dessus de ce seuil ont tendance à perdre de la population », (page 83). Cette densité pivot « correspond sur le plan opérationnel à environ 100 logements/hectare sur la partie strictement implantation d’habitat. Ce type de tissu urbain peut tout à fait être obtenu par un mélange de petits collectifs et maisons de ville, ou pavillons accolés construits sur des petites surfaces », (page 84). On imagine et on souhaite des réactions sur ces éléments, sur la nature de cette densité pivot et sur les conséquences à en tirer. Pour l’heure, cependant, une conclusion majeure est affirmée par l‘auteur : « la ville dense choisit ses habitants, mais les habitants choisissent la densité dans laquelle ils acceptent de vivre », (page 85). Cette phrase souligne deux aspects: le premier concerne le sens de la causalité, ce sont les habitants qui choisissent et on pourrait voir une réhabilitation tardive mais méritée d’Alonso. La seconde est certainement plus importante encore pour Piron qui insiste sur la localisation et sur le rôle des habitants. Ce sont eux qu’il veut, à l’opposé de l’idéologie urbaine, prendre en considération et mettre en valeur. Les habitants en leurs maisons individuelles. L’urbanisme de la vie privée serait « la possibilité de refonder l’urbanisme en partant cette fois, non des vertus urbaines des cœurs des villes mais des choix des Français en matière de logement comme localisation », (page 48), formulation générale et peu nouvelle en réalité, puisqu’elle constitue de nombreux protocoles efficaces de programmes de recherche. Cette formule traduit l’idée essentielle de l’auteur qu’il répète de multiples fois : ce qu’il veut faire prendre en considération et en compte, ce sont les choix, les comportements, les préférences explicites ou non des habitants. Il y tient d’autant plus que d’après lui, « le point de vue des habitants ne parait d’aucun intérêt, », (2013, page98). On laisserait de « côté les questions liés à l’habitant et à l’habitat », (idem), et de manière plus générale, « nous sommes en présence d’un véritable trou noir de la pensée urbanistique habituelle »,( 2013, page 98) et « les habitants sont de fait un point aveugle du paradigme de la densité urbaine », (2013, page 97).Parmi les raisons invoquées, on trouverait la complexité des procédures, la difficulté de « gérer des idées prospectives », page 49, argument au demeurant singulier et pas expliqué. Il faudrait enfin arrêter « de considérer les habitants comme des acteurs de second plan dans les démarches urbaines, destinés simplement à choisir parmi les offres qui leur sont faites », (page 51). « Est-ce que les gens naissent égaux en droits à l’endroit où ils naissent ? » chante Le Forestier… L’urbanisme de la vie privée, alors, repose sur le choix de leur domicile par les habitants et cette expression, « bien entendu, englobe toute la vie des personnes, depuis leurs désirs d’espaces de 4 jeux, de cour d’école et de cour de récréation, en passant par la vie personnelle au sens habituel, leur vie professionnelle puis la période après cessation d’activités », (page 52). Après Triumph of the City de Glaeser, (2011), « le triomphe de la ville au choix », (page 53). La Ville émergente, un concept ou un forceps ? Il nous faut ici et avec grand plaisir souligner l’importance du programme de recherche de de La ville émergente, lancée par le PUCA, pilotée avec maestria, attention et vigilance par G. Dubois-Taine. Grâce à ce programme, nous avons pu ouvrir nos horizons théoriques, méthodologiques et dans L’étude sur le Luberon, souligner un processus original d’urbanisation, montrer des effets d’éviction et d’aubaine et lancer le néologisme de métro-ruralisation. Piron va quand même un peu loin quand il estime que « le concept de ville émergente devint alors un vrai repoussoir chez les tenants de la ville de l’offre urbaine ‘pensée’ au préalable », (page 54): le Plan urbain et le PUCA ne furent pas toujours étrangers à la construction de l’idéologie urbaine ! La ville au choix Cette ville au choix impose deux réflexions centrales. La première concerne l’idée même de ville, la seconde invoque un hymne à la maison individuelle. La ville n’est pas que la ville centre, la ville dense, la ville intense, reléguant les autres espaces, périurbains ruraux à des sous-espaces, déclassés, honteux mal vécus, « mal habités », mal fréquentés, acculturés ou déculturés. Ce cri fort de l’auteur mérite d’être entendu car il est pertinent. L’urbanisation n’est pas faite seulement par étalement de la grande ville vers les « campagnes », par extension en hauteur, par densification massive, par des barres et des tours rejetés dans les premières couronnes. Le périurbain n’est pas seulement un sous-produit d’une urbanisation autant voulue et imposée que la concrétisation de choix sous contraintes financières et décisions volontaires, liées notamment aux possibilités d’acquérir des éléments de « confort des Français », (page 69). Il décline alors le confort sanitaire, domestique, spatial, paysager. Piron cogne fort et juste quand il dit que « depuis longtemps on urbanise par les campagnes », (page 100), bien avant que l’on redécouvre ce mot, « nouvelle image du monde rural sous l’influence du regard des urbains», (page 23). Si « les villes sont faites à l’interaction entre les besoins de l’économie globale, et la vie des gens », (page 52), même si l’on peut s’interroger sur ce que veut dire ici économie globale, alors, il existe une multitude de formes de vie urbaine, de pratiques de l’urbanité qui ne sont pas liées qu’à la densité et à la compacité. Il serait inutile ici de reprendre les nombreux travaux qui se sont attachés à dépasser des visions binaires, extrémistes entre le tout urbain et le tout rural, entre les néo-ruraux et les néo-urbains : à vaincre sans péril on triomphe sans gloire. Pour le dire rapidement, un double mouvement se produit: les spécialistes-chercheurs urbains s’ouvrent vers des lectures qui ne prennent pas La Ville comme modèle et comme forme ultime et exclusive et travaillent en partant souvent des espaces périurbains et ruraux et les chercheurs venant de la ruralité et des secteurs agricoles ne fuient pas, ne méconnaissent pas que « l’influence urbaine » et des visions autant réelles que fantasmées ou symboliques de la ville, ont de plus en plus d’influence,( Piron, 2005 ; RERU, 2006, 3; Bertrand,2010,2014 ; Reu, 2015). Est-ce un hasard si les petites villes, les villages entendent bien préserver leurs originalités sans vouloir demeurer des « villages gaulois » ? Il faudrait mieux parler de quête, de conquête de l’’urbanité : Re-urbanity : urbanizing the rural and ruralising the Urban, 5 (Lacour et Puissant, 2007) et ne pas se lancer, plus ou moins facilement et brutalement dans une contre idéologie. Plus peut-être que sur la redécouverte des réalités périurbaines et rurales comme espaces de vie , de travail, d’innovation et de culture disposant et méritant des lectures sui generis et ad hoc, L’urbanisme de la vie privée porte attention méritée sur l’hymne à la maison individuelle et sur le petit pavillon : « toute une mythologie s’est construite autour de ce produit, rêvé par les uns, proscrit par les autres. Il fait l’objet d’une suspicion généralisée, voire d’une hostilité réelle dans les expressions, nationales comme territoriales, de l’idéologie urbaine », (page 103), une « véritable idéologie anti-pavillon », (page 104) qui n’est pas nouvelle même si les incidences de Mai 68 ont aggravé les critiques, affermi les peurs de voir se maintenir des comportements droitiers pour ne pas dire, le terme était moins à la mode, populiste : le monde ouvrier voulant devenir petit bourgeois notamment par l’acquisition d’une propriété individuelle, gage et preuve du renoncement au grand rêve collectif. La question devient : « comment peut-on abandonner les projets collectifs de lutte politique au profit de la tentation du repli sur l’univers domestique ? », (page 111). Péché capital ironise Piron en stigmatisant aussi bien Lévy que Bourdieu. L’auteur, emporté par l’action et le sens de la formule, se fait le chantre des grands congélateurs et des jardins potagers, (page 125). Le travail de thèse de Reu (2015) sur le limousin montre bien que la maison individuelle est largement privilégiée et qu’elle n’entraine pas des effets de dispersion et d’émiettement, il souligne encore les rôles des petites villes et des villages en proximité, mais pas seulement des villes plus importantes, voir par exemple, page 277, « la maison individuelle, facteur de dispersion géographique mais pas morphologique ». Il y a bien des «diffractions et (des) recompositions territoriales », titre du chapitre 7 où l’auteur note que « les enfants naissent en ville, mais sont élevés dans le périurbain (page 117), la connaissance est urbaine, (page 118), les cadres sont dans la ville centre, (page120,) et les ouvriers sont en zone rurale », (page 121). Il est aussi question de fractures culturelles, (page 123), politiques sociales, (page 153) mais sur tous ces points, l’auteur emporté par son élan et sa volonté de dire beaucoup, survole alors que des débats à la fois politiques, théoriques et idéologiques, retrouvent les problématiques des fractures qu’on ne peut régler en quelques lignes, voir par exemple France, portrait social de INSEE, (novembre 2014 et aussi par exemple Guilluy, 2014 et 2009, Davezies, 2012 et « la réponse » récente de Béhar in Le Monde 28-29.12.2014). Il y a encore beaucoup à débattre et de colloques en perspective… Sur des points plus formels, la présentation des tableaux ne suit pas toujours la logique du tableau 1 et on a souvent des présentations qui vont des années récentes aux plus anciennes, l’équation de la page 136 relative au nombre de pièces par habitant mériterait davantage de justification. On ne s’étonnera pas que l’on reprenne l’auteur sur le terme de territoire, qu’il utilise beaucoup, sans clairement le définir Il n’est pas toujours simple de voir ce qui relève des rappels historiques et de leurs actualités et de leurs incidences contemporaines tant l’auteur veut beaucoup dire. On accusera facilement l’éditeur qui a sans doute imposé des réductions du texte. Emporté par son élan et ses convictions, Piron affirme une prophétie auto-réalisatrice-encore le jargon des économistes-, quand il veut voir « la force et la cohérence de ce concept d’urbanisme de la vie privée », (page 141). Il a en partie raison, notamment sur les limites du discours de « la 6 densification en zone dense », page 138, et surtout sur le fait que le périurbain n’est pas forcément et mécaniquement le problème mais une solution (page 147). Claude Lacour, Université de Bordeaux, UMR CNRS GREThA, (janvier 2015). Bertrand N., (dr), 2014, Terres agricoles périurbaines, une gouvernance foncière en construction Editions Quae. Bertrand N., 2010 (dr), L’agriculture dans la ville éclatée, Montréal, laboratoire de développement durable et dynamique territoriale. Cuillier F., 1998, 1999, 2000, 2008, Les débats sur la ville, Editions Confluences. Davezies L., 2012, La crise qui vient, la nouvelle fracture territoriale, Le Seuil. Derycke P-H., 1979, Economie et planification urbaines, Tome 1. L’espace urbain, PUF Ellul J., 1967, (1998 pour la nouvelle édition), Métamorphose du bourgeois, La petite Vermillon. Glaeser E., 2011, Triumph of the City, Macmillan. Guilluy C., 2014, La France périphérique, comment on a sacrifié les classes populaires, Flammarion. Guilluy C., 2012, Fractures françaises, Bourin. IERSO, 2003, Structuration territoriale de la métropolisation diffuse : de nouvelles formes d’urbanité, L’exemple du Luberon, IFREDE-IERSO Lacour C., Puissant S., 2007, Re-urbanity: Urbanising the rural and Ruralising the Urban, Environment and Planning A, 39, pages 728-747. Piron O., 2013, La ville dense et ses habitants, in Carrel M., Cary P., Wachsberger J-M., Ségrégation et fragmentation dans les métropoles, perspectives internationales, Septentrion, pages 97-118. Piron O., 2013, Des territoires toujours plus diversifiés, Constructif, 6. Piron O., 2011, Du langage de l’urbano-centrisme, Urbanisme. Piron O., 2010, Les familles vivent au sol, Urbanisme. Piron O., 2002 Renouvellement urbain, analyse systémique. Certu, (notre commentaire in RERU, 2002, 5, pages 831-834). Pouyanne G., 2004, Forme urbaine et mobilité quotidienne, thèse de sciences économiques, université Montesquieu-Bordeaux 4. 7 Reu S, 2015, Les figures de la discontinuité dans le développement résidentiel périurbain, Thèse de sciences économiques, Université de Bordeaux. RERU, 2006, 3, Les territoires du développement régional, numéro spécial consacré aux travaux de PSDR et notamment les articles de Bertrand, Souchard, Rousier, Martin, Micheels, et Lacour. 8

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